Karmasutra -
Durée 56’24 – 10 Titres
"Le deuxième millénaire ne pouvait décemment pas tirer sa révérence sans nous offrir un nouveau groupe aux accents métissés, une formation qui navigue allègrement entre le rock et le jazz mais aussi entre l’Inde et l’Afrique pour en arriver à une forme musicale qui ne s’apparente à aucune autre, une sorte d’argot sonore particulièrement attachant … D’argot il sera justement question puisque le trio originel a choisi de s’appeler Slang, et c’est en s’exprimant avec leur propre énergie et leur propre couleur que François Garny (basse, guitare et chant), Manuel Hermia (saxophones, flûtes …) et Michel Seba (percussions) qui ont été accompagnateurs pour une multitude de grands pontes du rock, de la pop et de la variété ont accouché de leur premier album en 2000, lui offrant des successeurs en 2002 et en 2006 et renouvelant aujourd’hui l’opération avec un quatrième opus transposable à la scène grâce à des illustrations en images soigneusement orchestrées par Lucas Racasse, vidéaste émérite spécialisé dans l’animation en live. La première écoute de ce nouvel effort ne laisse aucun doute sur les raisons qui ont poussé Slang à l’appeler « Karmasutra » …
C’est un empilage méticuleusement orchestré de sons et de couleurs musicales qui s’offre à l’auditeur dès les premières mesures de ce quatrième album, une véritable partouse sonore dans laquelle le jazz et le rock s’unissent avec une certaine bestialité pour en arriver non pas à du free jazz, exercice souvent hermétique pour le profane, mais bel et bien à une forme de rock expérimental totalement débridée que d’aucuns taxeraient même à l’occasion de progressif si l’on leur en donnait l’occasion. De New Delhi à Bamako, de Katmandu à Tombouctou, de Bruxelles à New York, c’est dans un voyage sans fin que nous entraîne Slang, une forme d’errance imaginaire tantôt instrumentale tantôt accompagnée d’une touche de chant mais toujours conduite avec à l’esprit la recherche de l’harmonie parfaite, celle à laquelle on ne saurait résister ! On apprécie le versant le plus psychédélique de l’ouvrage, ces basses slapées qui apportent une couleur chaude et accueillante aux morceaux tandis que les flûtes leur donnent leur côté le plus piquant, le tout formant une sorte de base aigre-douce sur laquelle les breaks et autres improvisations rebondissent à n’en plus finir pour donner des « Raga Raga », « Diga Me », « Les cinq doigts de la main » ou « L’odeur de la peau », autant de titres aux allures changeantes qui rien ne prédisposait à se retrouver réunis sur un seul et même album si ce n’est leur élégance commune. A l’école du « Karmasutra », chacun retiendra ce qui lui convient le mieux, le rock déjanté pour l’un, les touches orientales pour l’autre, le grain jazzy d’un saxophone qui n’en finit plus de pleurer ou encore ces percussions qui rappellent que le jazz est avant toute autre chose une musique noire … Inutile de chercher une raison, elles sont toutes valables quand il est question d’aimer ce nouvel album de Slang !" (Fred Delforge)
Évidemment, ça fait un choc.
Le 12 novembre, en allant voir, au Théâtre Marni, le concert de Slang pour la sortie de leur dernier album «Karmasutra», j’écoutais «In de Loge» sur Klara . On y retransmettait un concert du Huelgas Ensemble, enregistré à Lier et qui interprétait les «Psaumes de David». Il s’agit de chants datant du IXème siècle. Rien que des chants. Rien que des voix. Presque irréel et absolument magnifique. Et j’ai bien eu le temps d’apprécier ce moment car, trouver une place pour se garer dans le quartier n’est pas toujours simple. (Manu Hermia me conseillera sans doute de venir à vélo la prochaine fois… pourquoi pas?) Le choc, donc. Le choc musical.


Slang se fait plus rock que jamais! Bien sûr, le groupe n’abandonne pas ses influences sud américaines, indiennes, coltraniennes ou africaines. Un mélange détonant auquel Slang nous a habitué depuis quelques années déjà. Mais avec «Karmasutra», nos trois compères forcent le trait. Michel Seba se retrouve derrière la batterie pour assurer un son plus gros encore. Il faut dire que la guitare de François Garny n’hésite pas à se faire explosive, et que Manu Hermia fait hurler son sax (comme sa voix) sur des morceaux incandescents avec un plaisir jubilatoire. Il s’agit alors, non seulement d’assurer, mais aussi de donner le change! Alors, Seba frappe avec une fougue et une énergie incroyables. Tout cela s’entend déjà sur le disque, mais est encore décuplé en live, surtout si l’on ajoute à cela un light show mordant soutenu par les projections décapantes de Lucas Racasse. La salle est comble et l’ambiance est chaude et électrique.
La première partie ne fait pas dans le détail et Slang enchaîne «Chevalier», «Raga Raga» et «Complètement à l’Est» dans une fièvre grandissante. On retrouve quand même dans toutes ces compositions «brut de décoffrage» un goût pour les constructions recherchées. Ainsi «Les cinq doigts de la main» s’articule sur une métrique particulière qui lui donne une force singulière. «Karmasutra» se déploie à partir d’un chant plaintif. Avec «75 Kb’s» , la guitare de François Garny n’est pas sans rappeler celle de Jimmy Page. Le guitariste est aussi chanteur et joue de sa voix rauque et grave pour envoyer des textes souvent engagés ou militants («Diga Me» possède cette petite odeur boucanée de Mano Negra). Manu Hermia, lui, s’essaie au spoken word furieux sur des paroles crues («I’m A Dog»). Mais Slang n’a pas mis de côté ses anciens morceaux. Michel Seba délaisse alors sa batterie pour venir à l’avant de la scène jouer du Derbouka. On ressort le bendir. Et revoici «Sugar» ou «Bazaar» pour notre plus grand plaisir. Le sax d’Hermia se fait aussi envoûtant qu’une Zurna et la flûte plus tourbillonnante que le vent indomptable du désert. La guitare flirte avec des ondulations arabisantes. Et tout ça est toujours emballé dans un groove effréné, physique et brûlant qui n’appartient qu’à Slang. Insaisissable, mélangeant les genres comme personne, combinant rage et énergie, le trio brouille encore un peu plus les pistes et s’amuse à dérouter son public avec ce quatr ième album. Allez vous faire votre propre opinion lors de leurs prochains concerts… et accrochez-vous.
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